Marshall McLuhan. Visionnaire de la société de l’information actuelle et future.

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Marshall McLuhan () est un intellectuel canadien. Professeur de littérature anglaise et théoricien de la communication, il est un des fondateurs des études contemporaines sur les médias.

Étudiant les transformations culturelles apportées par l’imprimerie dans le monde occidental, il en arrive à la conclusion que le média de communication peut avoir, à long terme, plus d’importance que le contenu qu’il transmet car il est une extension de nos sens et, de ce fait, détermine la façon dont nous abordons le monde et la société. Outre l’imprimerie, McLuhan s’intéresse aussi à l’effet de la radio et tente de prévoir les bouleversements qu’entraînera la télévision. Il anticipe même, à certains égards, l’impact d’un ordinateur portable miniaturisé.

Son postulat fondamental repose sur la notion de l’équilibre des sens, équilibre qui serait présent chez l’enfant comme chez le primitif, mais que les technologies et l’éducation perturbent, en donnant la primauté à la vue dans l’école traditionnelle, puis à l’ouïe depuis l’apparition de la radio et, enfin, au système nerveux central depuis l’arrivée de la télévision :

« L’enfant très jeune est comme le primitif : ses cinq sens sont utilisés et ont trouvé un équilibre. Mais les technologies changent cet équilibre ainsi que les sociétés. L’éducation développe un sens en particulier. Hier c’était la vue, par l’alphabet et l’imprimerie. Depuis plusieurs décennies, c’est l’ouïe. Et désormais, c’est notre système nerveux central. Video-Boy a été élevé par la télévision. Sa perception est programmée autrement, par un autre média.»

Il désigne la somme et l’interaction des divers sens sous le nom de sensorium. L’arrivée d’un nouveau média bouleverse le sensorium, avec des répercussions touchant tout le développement d’une civilisation : « Si l’alphabet phonétique est tombé comme une bombe sur l’homme tribal, l’arrivée de l’imprimerie l’a frappé comme une bombe H de 100 mégatonnes.»

Un média est une extension de nos sens, une « métaphore active [qui permet de] traduire l’expérience en des formes nouvelles». La parole a été le premier média, « la première technologie qui a permis à l’homme de lâcher son milieu pour le saisir d’une autre façon».

Cette conception du média permet à McLuhan d’appliquer ce terme à un large éventail de réalités. Dans Pour comprendre les médias, il consacre un chapitre à chacun des principaux médias : la parole, l’écriture, les routes, les chiffres, le vêtement, l’habitat, l’argent, les horloges, l’imprimé, les bandes dessinées, la roue, la photographie, la presse, la voiture, la publicité, les jeux, le télégraphe, la machine à écrire, le téléphone, le phonographe, le cinéma, la radio, la télévision, les armes, l’automation. Au total, il identifie ainsi 26 médias, soit exactement le nombre de lettres dans l’alphabet.

Les médias connaissent une hiérarchisation en fonction de l’ampleur des effets qu’ils ont sur le public. Avec la technologie de l’électricité, « nous approchons rapidement de la phase finale des prolongements de l’homme : la simulation technologique de la conscience. Dans cette phase, le processus créateur de la connaissance s’étendra collectivement à l’ensemble de la société humaine, tout comme nous avons déjà, par le truchement des divers média, prolongé nos sens et notre système nerveux. »

L’idée maîtresse que l’on retrouve à travers les ouvrages de McLuhan tient en une seule phrase : « Le média est le message », ce qui veut dire que le canal de communication utilisé constitue en fait le véritable message. Cette idée est développée à travers toute l’œuvre de McLuhan, et sert de titre au premier chapitre de son livre Pour comprendre les médias. Ce n’est donc pas d’abord le contenu qui affecte le public consommateur d’un média, comme on le croit souvent, mais le canal de transmission lui-même. Un exemple simple permet de mieux saisir cette affirmation : l’imprimé est un média, car il permet de transmettre une information depuis un émetteur vers un récepteur. En tant que média, il est plus rapide que la parole transmise de bouche à oreille, par exemple. Mais plus que le gain de temps, c’est la plus grande distance parcourue par cet imprimé dans un laps de temps constant qui importe. Considérons une cité donnant des ordres à ses garnisons via l’imprimé, l’association de celui-ci avec la roue et la route permet de contrôler une région notablement plus vaste. Ce média a un rôle profondément centralisateur : il induit automatiquement une société structurée autour d’un centre donneur d’ordres.

McLuhan situe le message non pas dans le seul sens exprimé par l’émetteur, mais dans la combinaison unique de l’effet message/média (pragmatique de la communication). Ainsi, l’expérience vécue du média utilisé (téléphone, Internet, etc.) est mise au premier plan, lui subordonnant le message, et inversant la traditionnelle opposition fond/forme.

En énonçant l’idée que le média est le message, il affirme entre autres que l’important est la forme prise par le média (l’effet de la technologie), ainsi que sa combinaison avec le message. Selon lui, les exemples se multiplieront naturellement à l’âge électronique et ces structures se révéleront d’elles-mêmes. Cet impact du média, qui prime le contenu du message lui-même, explique, selon le théoricien, que les innovations technologiques, en engendrant des modifications du dispositif sensoriel et intellectuel de l’homme, aient bouleversé les civilisations.

Contrairement à l’idée courante véhiculée par le mcLuhanisme, McLuhan n’était cependant pas un amateur des médias modernes et restait inquiet quant à leur impact sur la culture. Mais il estime qu’il faut les étudier pour éviter d’être emporté par eux comme par un maelstrom. Commentant la réaction négative d’un critique new-yorkais à Understanding Media (1964), il s’exclame que ce n’est pas parce qu’il prévoit un monde où nous serons tous interconnectés dans une conscience globale grâce à des ordinateurs portables de la taille d’audioprothèses qu’il pense personnellement que ce soit une bonne chose.

Son attitude est parfois plus positive, présentant des échos de l’idée de noosphère développée par Teilhard de Chardin, comme dans l’entrevue donnée à Playboy, où il dit sentir que nous sommes sur le seuil d’un monde excitant et libérateur dans lequel la tribu humaine peut devenir réellement une même famille et où la conscience peut se libérer des chaînes de la culture mécanique et se mettre à sillonner le cosmos. Cette idée d’extension de la conscience était déjà présente dans l’introduction de Pour comprendre les médias (1964).

Dans son ouvrage La Galaxie Gutenberg (1962), McLuhan détermine trois étapes du développement du processus de communication, liées à l’impact du média. D’abord, il décrit un stade primitif, où l’on communiquait sans écriture et dans lequel l’ouïe était sollicitée pour percevoir la parole. Apparaît ensuite « la Galaxie Gutenberg » : l’imprimerie déplace la communication de l’ouïe vers l’œil, de telle sorte que les informations visuelles sont multipliées et peuvent être parcellisées. C’est la civilisation de l’imprimé. Puis, le troisième stade est l’ère de la radio : « la Galaxie Marconi » et la civilisation de l’audiovisuel réintroduisent dans la communication la proximité présente dans les sociétés orales.

Dans son analyse de l’imprimerie, McLuhan rend hommage à Alexis de Tocqueville, qui a été « le premier à maîtriser la grammaire de l’imprimé et de la typographie », ce qui lui a permis de « décoder les changements en cours en France et en Amérique, comme s’il lisait à livre ouvert». Tocqueville, en effet, dans L’Ancien régime et la Révolution (1856), avait montré que l’imprimerie avait contribué à homogénéiser la nation française.

Il voit la typographie comme « la première expérience de mécanisation d’un métier manuel». En raison de son caractère uniforme,

« Le simple fait de lire est une expérience semi-hypnotique qui berce l’esprit et l’endort aussitôt. Comment n’est-il jamais venu à l’esprit du public littéraire que l’usage monotone et hypnotique de l’imprimé pourrait bien être la raison d’un contenu qui se modèle bientôt sur lui? »

Un média dominant a pour caractéristique de nous rendre aveugle à son action, en raison de notre projection narcissique subliminale dans cette extension de nos sens. L’analyste des médias doit donc réussir à se détacher de leur emprise, comme Tocqueville a su le faire.

McLuhan classe les médias en deux grandes catégories. D’un côté, les médias « chauds » (hot), dont la définition est très grande et qui ne demandent la participation que d’un seul de nos sens. L’information reçue par ce sens étant d’entrée de jeu très riche, la participation du cerveau est faible. Sont classés dans cette catégorie: la radio, le cinéma, l’imprimé, la photographie.

De l’autre côté, les médias « froids » (cool), à faible définition et qui s’adressent à plusieurs sens. Ils demandent de la part du récepteur une participation très importante pour compenser la pauvreté ou le flou de l’information. Sont classés dans cette catégorie : la télévision (dont la définition était très faible en 1960), la voix, le téléphone.

Cette classification des médias en “chauds” et “froids” a été souvent critiquée comme étant peu cohérente. Au lieu de s’appuyer sur une base physiologique, elle repose en effet sur l’intuition que les effets de la télévision sur le spectateur sont radicalement différents de tout ce qui avait été expérimenté jusque là par les humains.

 

McLuhan a joui d’un succès considérable dans les années 1960. Il faisait la couverture des magazines et était recherché comme conférencier. Son livre The medium is the massage (1967) s’est vendu à un million d’exemplaires. Toutefois, il est ignoré par la plupart des universitaires, même au Canada, et sa réception en France est largement négative.

Dès 1974, Raymond Williams critique son « déterminisme technologique », et cette critique sera souvent reprise. La pensée de McLuhan tombe alors dans l’oubli et ne commence à être réexaminée qu’au début des années 1990 avec l’arrivée du Web, une autre révolution technologique qui bouleverse notre rapport aux contenus.

Cet effort de réhabilitation se heurte au mcLuhanisme, qui est une déformation de sa pensée à l’usage du grand public. Selon cette vulgate, McLuhan serait un partisan de la télévision, un prophète du retour à l’oralité, un adepte naïf de la globalisation et un adversaire de l’écrit. Cette vision simplifiée et fausse du penseur canadien serait due au fait que McLuhan était un penseur non linéaire, qui a développé sa pensée à travers 25 livres, des centaines d’articles et des milliers de lettres, ainsi que dans des entrevues, des disques, des vidéos et des films. Une des phrases de McLuhan les plus mal comprises est celle du « village global », souvent interprétée comme un retour à un état édénique de communication directe et bienveillante, alors qu’il a parlé de la terreur que produirait la rencontre de la culture de l’imprimé et de l’oralité électronique. Il était bien conscient des risques de violence liées au phénomène de retribalisation.

L’intérêt de McLuhan réside notamment dans la valeur de ses hypothèses, comme le souligne Neil Postman : « Imaginons que ce que nous sommes soit un produit de la façon dont nous nous représentons le monde, alors quelles conséquences ? Ou supposons que notre organe sensoriel et par conséquent nos présupposés psychiques et éthiques soient sous le contrôle invisible de nos médias, alors quelles conséquences? » Contrairement à la pratique en milieu universitaire, McLuhan aimait lancer des idées même si elles n’étaient pas solidement étayées, les considérant comme des « sondes » visant à explorer l’inconnu et à faire naître de nouvelles pistes de recherche. C’est sans doute ce qui lui a valu le cinglant calembour d’Umberto Eco, qui a qualifié son travail de « cogito interruptus».

En 1991, paraît le Cours de médiologie générale de Régis Debray, que l’on a accusé de reprendre les thèses du Canadien, bien qu’il insiste au moins autant sur les communautés (organisation matérialisée) que sur les médias (matière organisée) pour expliquer les phénomènes de transmission des croyances. On leur reproche à tous deux une trop grande propension à l’historicisme, la séquence « logosphère, graphosphère, vidéosphère » chez Debray, tout comme la succession « Galaxie de Gutenberg, Galaxie de Marconi, village planétaire », étant des reconstructions historiques a posteriori.

From: Vimeo, Wikipedia, Youtube.

 

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